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L’apprentissage de la langue quand l’écriture est remplacée par des images : le cas des pronoms personnels

lundi 17 mai 2010 , par Maryvonne Abraham, Olivier Breton

L’expérimentation d’un logiciel d’aide à l’apprentissage de la langue à partir de pictogrammes auprès d’enfants ayant des troubles cognitifs et des troubles d’élocution pose un certain nombre de questions par rapport aux méthodes classiques : ergonomie et usages des dispositifs, interprétation des images, représentation des “choses” et des actions du monde par le langage, rôle de l’accompagnant.

Nous étudions ici le cas de la représentation pictographique des pronoms personnels, liée à leur interprétation par les enfants et à l’usage qu’ils peuvent en faire dans l’écriture de messages.

La problématique

Dans certains cas de handicap de communication, les personnes ne peuvent pas parler et n’ont pas accès à l’écriture alphabétique. On tente alors de communiquer par le biais de pictogrammes désignant des mots. Il est facile, par un logiciel, de sélectionner les pictogrammes et de leur associer un retour sonore qui les prononce. Ensuite, l’idée de recréer à partir des pictogrammes des phrases de langue par un traitement informatique vient souvent à l’esprit, mais les produits du marché ne permettent généralement que des exercices contraints et ne parviennent pas vraiment à calquer les structures de la langue naturelle, introduisant des erreurs cognitives chez des enfants déjà en grande difficulté. Ce défaut vient d’une analyse insuffisante de la langue. Notre travail de reconstruction du texte à partir des pictogrammes s’appuie sur la théorie linguistique cognitive de la Grammaire Applicative et Cognitive (GAC), développée au laboratoire LaLIC de Paris 4 Sorbonne. Dans notre programme de recherche, nous considérons les pictogrammes comme une nouvelle écriture des mots, mais à la condition qu’ils représentent clairement une des entités désignée par le mot. Les mots sont très souvent polysémiques, et la représentation choisie ne renvoie qu’à un meilleur représentant de leurs signification.

Le cas des pronoms personnels

Certains mots dont les référents ne sont pas fixes posent des problèmes à la fois de représentation pictographique (comment montrer un référent variable ?) et de compréhension par celui qui doit les utiliser. C’est en particulier le cas des pronoms, en particulier « je, me, moi » et « tu, te, toi », qui désignent des personnes qui prennent alternativement le rôle de locuteur et de co-locuteur. Contrairement au nom commun qui renvoie à un objet qui est son référent, le « je » n’a pas de référence spécifique : il renvoie à une réalité essentiellement énonciative qui peut être actualisée par n’importe qui. Il désigne ainsi le locuteur, qui n’a d’existence que dans l’acte d’énonciation et ne peut pas être défini comme objet. Le problème s’amplifie dans l’usage particulier d’aide à l’apprentissage du langage par des enfants handicapés de la parole. Dans ces cas l’accompagnateur aide l’enfant à construire son énoncé « je …. » , mais le prononce, à la place de l’enfant, instaurant une confusion, puisque la prise en charge de l’énonciation faite dans le texte par le locuteur, celui qui dit « je », est assumée par la parole du co-locuteur, qui tient alors les deux rôles de parole, l’un pour lui, l’autre pour le co-locuteur empêché.

On peut définir l’énonciation comme un acte de langage par lequel un locuteur (celui qui parle) adresse un énoncé à un co-locuteur. Mais que se passe-t-il si le locuteur ne peut pas parler, mais seulement pointer des images désignant des mots, et que la suite d’images est lue par un médiateur accompagnant ? Cet accompagnant prend en charge, par sa parole, non seulement la prononciation, mais, malgré lui, l’énonciation, alors qu’il n’est pas l’énonciateur.

La confusion s’amplifie lorsqu’il parle pour le locuteur empêché, qui, de plus, a des problèmes de représentation abstraite. Qui est « je », en ce cas ? Il s’avère que l’ordinateur joue alors en prenant en charge l’énonciation, un rôle de prothèse pour le locuteur empêché : ainsi la confusion des référents n’a plus lieu. Il reste que ce « je », constamment utilisé dans la communication, doit être représenté par un pictogramme.

Les expérimentations

Les expérimentations nous ont fait apparaître trois paliers d’apprentissages : i) l’enfant qui apprend que « je », c’est lui, identifié par sa photographie ; ii) l’enfant qui accepte d’être représenté par un pictogramme (au lieu de sa photographie), mais à condition que ce pictogramme possède au moins la marque de son attribut de genre (masculin/féminin) ; enfin, iii) le pictogramme peut être plus général et être représenté comme un fantôme prêt à accueillir celui qui parle et énonce : mince, car le corps n’est représenté que pour signifier une silhouette de personnage, sans distinction de genre.

La démarche de représentation

Ce sont les différentes étapes de recherche visant à représenter graphiquement les pronoms en tant que « variables imagées » attendant une instanciation en discours que nous présenterons, des points de vue de la langue et du graphisme : de la photographie représentant le « je » au « je – tu » marqué par le genre des locuteurs, jusqu’à une représentation plus conforme à la place de fantôme que joue le pronom dans son rôle de variable attendant d’être instanciée.

Conclusion

Les suivis d’expérimentation du logiciel montrent que l’originalité et les résultats positifs constatés de notre outil TIC se situe au niveau de la structuration guidée de la langue, de la représentation cognitive des pictogrammes et de la prononciation des productions écrites : le fait que l’ordinateur prononce (au lieu de l’orthophoniste) ré-attribue son message à l’utilisateur : l’ordinateur devient alors sa prothèse, alors que lorsque l’orthophoniste parlait « à la place de », la confusion d’identité s’installait.

Bibliographie

Benveniste E. 1990 E . BENVENISTE. – Problèmes de linguistique générale. – Paris, GALLIMARD, t1, t2., 1996.

Desclés Jean-Pierre, (1991) « La prédication opérée par les langues (ou à propos de l’interaction entre langage et perception) », in : LANGAGE, n° 103, Larousse, Paris.

Desclés J.P. – Le courrier du CNRS. – Les représentations cognitives dans l’analyse des langues. N° 79, p. 67 oct. 1992.

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