Introduction
Trop souvent les domaines de la veille stratégique (Aguilar1, 1967 ; Thietart et Vivas, 1981 ; Lesca, 1982) et de l’intelligence économique (Wilensky, 1967 ; Aaker, 1983 ; Baumard, 1991) restent totalement ou partiellement inaccessibles à bon nombre de collaborateurs opérationnels de la firme voire aux cadres dirigeants eux-mêmes (Lunh, 1958 ; Prescott et Gibbons, 1994). Sauf en de rares exceptions notables, en matière d’intelligence économique, le spécialiste parle au spécialiste, du moins ce dernier tente-t-il d’envisager l’appréhension d’un certain nombre de données, signaux, informations, connaissances et procédures au travers d’une langue absconse et souvent très spécialisée (Gilad, 2003 ; Fuld, 2006).
En ce sens, nous proposons de simplifier l’approche de la veille informationnelle en entreprise en favorisant l’appréhension du concept de traitement de l’information par l’ensemble des collaborateurs. Sous couvert d’aborder le concept d’intelligence économique sous l’angle de l’information en Sciences de Gestion (Calori et Atamer, 1998), le corpus de l’article s’intéresse donc à l’information en général et, tout particulièrement, aux implications qu’entraîne la valorisation du signal faible quand ce dernier est géré comme une ressource rare par l’organisation (Ansoff, 1975 ; Lesca, 1994). Il s’agit donc de travailler et de s’interroger, dans une logique constructiviste, au point de convergence de la théorie et de la pratique en matière d’analyse informationnelle du signal faible, sur les éléments qui caractérisent l’émergence et le soubassement d’un signal, d’une idée ou d’une connaissance nouvelle au sein de l’organisation d’une part, et d’autre part, sur la mise en œuvre d’un dispositif empirique d’appréhension des signaux faibles ne nécessitant aucun pré requis de la part des acteurs en matière de maîtrise du concept de veille informationnelle.
Sont abordés dans ce travail, les premiers éléments de la démarche visant à construire in vitro un outil de captage et de traitement des signaux faibles, notamment en revisitant la théorie qui n’est ici envisagée que comme le résultat de recherches relativement aux questions que se sont posés les praticiens, théoriciens et autres experts du domaine à propos des différents paradigmes informationnels qui sont mis en jeu dans les organisations (partie 1).
Si l’entreprise est une organisation qui a besoin d’informations pertinentes et anticipatives (Choo et Auster, 1993 ; Drucker, 2001), il s’agit alors d’assurer la convergence du matériel informationnel (données brutes et signaux faibles) de façon à construire et présenter un état des possibles de l’environnement. L’apport d’autres champs disciplinaires, par la force du jeu des comparaisons et des analogies, a permis de déterminer, de façon conceptuelle tout d’abord et pratique ensuite, les contours d’un dispositif empirique de management de l’information à haute valeur ajoutée édifié au sein d’un espace numérique d’échange (ENE) favorisant à la fois le captage, le traitement et l’analyse collective des signaux faibles (Partie 2).
Contrairement aux dispositifs existants qui dédient spécifiquement des acteurs à la veille stratégique (Kahaner, 1998 ; Besson et Possin, 2002), nous considérons que chaque acteur, quel qu’il soit doit, fait partie du système de veille. Au sein de la firme, les systèmes d’information codifient les informations rentrantes (en les altérant plus ou moins) afin de les stocker en vue d’un traitement et d’une utilisation future (Dery et Mock, 1985 ; Scott Morton et Allen, 1995), nous avons donc conceptualisé un système d’information captant les signaux faibles (sans les dénaturer tout en les codifiant), non pas seulement dans une logique de stockage mais, plutôt, dans l’optique d’une gestion collective et dynamique des flux d’information par l’ensemble des collaborateurs (Partie 3).
Le dispositif de captage des signaux faibles est ici envisagé comme un outil d’agglomération de l’information à haute valeur ajoutée susceptible d’éclairer l’organisation sur l’intensité des ruptures inattendues auxquelles elle doit faire face. Les éléments constitutifs d’une démarche exploratoire sont décrits du point de vue du rôle des acteurs (front office), de la constitution d’un espace de communication dénommé espace numérique d’échange (middle office) et du choix d’un fédérateur susceptible de réguler le dispositif (back office). Le fonctionnement et le protocole d’expérimentation de l’outil sont abordés dans un dernier point.




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